Vis au long de la vie

Durée: 1h05

Adultes et adolescents à partir de 13 ans


Vis au long de la vie
L'histoire

Adapté du récit de Violette Jacquet-Silberstein, Vis au long de la vie raconte l'histoire d’une jeune immigrée en France à la fin des années trente.
Parmi ses activités, le violon tient une place importante. Sa mère n’a de cesse de répéter qu’on ne sait jamais, qu'un jour peut-être ça lui servira.
Et ce jour arrive. En 1943, Violette est déportée à Auschwitz. C’est le violon qui lui permet d’intégrer l’orchestre du camp dirigé par Alma Rosé, ce qui lui sauvera la vie.
Vis au long de la vie est une adaptation qui s'appuie sur la trame narrative de ce témoignage.
Michèle Albo, l’auteur, y a aussi intégré des moments de l’histoire de la déportation, racontés ailleurs, par d’autres victimes.
La musique tient un rôle de premier plan relayant images et mots.


Vis au long de la vie
Note de l'auteur
C’est quoi ces histoires d’il y a plus de 50 ans… J’étais même pas née…
Parfois les histoires se répètent, reviennent sous d’autres formes, avec d’autres gens… mais ce sont toujours les mêmes histoires.
Et ce que je vois aujourd’hui nous renvoie, curieusement, à ce qui s’était passé il y a quelques 70 ans…
Alors j’ai voulu parler de Violette et de tous les autres, de cette période du passé qui n’en finit pas de ressurgir.
Il est des jours qui changent votre vie, qui vous transforment au point que l’ « avant » est tellement différent qu’il vous devient étranger, et que l’ « après » est tellement étranger que l’on ne sait même plus qui on est… on devient étranger à sa propre vie.
Ce qui vous transforme ainsi ?
D’autres personnes qui changent les règles du jeu de la vie, qui font que vous n’avez plus votre place… que vous n’avez plus droit de cité.
Violette a été exclue de sa vie d’ « avant » un jour de 1943…tout simplement parce qu’elle était « elle »…et avec « elle », d’autres « elle » et d’autres « lui » sont devenus étrangers à leur propre vie. Certains, beaucoup l’ont même perdue, leur vie. Ils sont morts parce qu’ils étaient … hier … juifs, tziganes, homosexuels, et aujourd’hui…
Violette, ce qui l’a sauvée, c’est le violon. Elle avait appris à en jouer dans sa vie d’ « avant » ; et c’est comme ça qu’elle a pu entrer dans sa vie d’ « après », qu’elle a pu la garder sa vie, tout simplement.
« Pendant », c’est les camps ; pour les « raconter », il faut y associer l’ « avant » et
l’« après ». Ces camps dans les années 40, on les retrouve aujourd’hui, ailleurs, avec d’autres « elle » et d’autres « lui »… peut-être moi !
Autres temps, autres lieux, espérons une autre Histoire. C’est à nous de la jouer.
Michèle ALBO




Vis au long de la vie
Note du metteur en scène
Il s’agit de raconter une histoire, celle de Violette Jacquet, et en même temps d’en raconter des milliers d’autres (unicité et pluralité), de montrer (y compris ce qui a priori est in-montrable), de dire (avec des mots, des silences, de la musique et des images…) …
Bref, nous devons « jouer » !… quel paradoxe par rapport à l’Holocauste. Ce même paradoxe que nous voulons montrer : cette monstruosité d’un orchestre dans un camp de concentration.


Plusieurs chantiers s’ouvrent devant moi.
La temporalité : inscrire des personnages, des lieux, une histoire dans une double perspective : témoigner du passé (et remplir ce devoir de mémoire), et en même temps du présent. Montrer ce que cette période a eu d’unique et d’inique, alerter sur ses sombres récurrences actuelles.
Encore la temporalité : montrer les 3 vies distinctes mais indissociables d’un personnage, montrer la dislocation du temps et de l’individu. 3 vies…3 personnes ? La marionnette pourra porter cette pluralité.
La musique : elle est interne et externe, porteuse d’émotions et de sens. Elle est un personnage à part entière, elle habite l'espace. La musique est aussi portée par les instruments de musique, objets incongrus dans les camps.
La distance et la proximité : distance temporelle et géographique. C’était avant et ailleurs ; il faut que ça reste ici et maintenant dans l’urgence de la vigilance.
L’indicible et l’in-montrable : beaucoup de rescapés des camps ont eu du mal à dire, les mots étant insuffisants à signifier. Faire co-exister acteurs, marionnettes et objets pourra permettre d’incarner la déshumanisation.
La fidélité : rendre hommage au récit de Violette Jacquet, et respecter sa pudeur, son optimisme et sa générosité.
Raymond YANA






Vis au long de la vie
La marionnette
En plus des musiciens, comédiens mais aussi marionnettes porteront émotions, sensations et personnages. L’utilisation de la marionnette, qui intervient sur scène aux côtés de comédiens, est un véritable choix, un parti pris. Elle permet de montrer ce que ne peut montrer un comédien, elle participe à une prise de distance nécessaire au traitement de certains thèmes difficiles.
Un des enjeux de cette pièce est de montrer les 3 vies de Violette, ces 3 vies bien distinctes mais indissociables… montrer la dislocation du temps et de l’individu. 3 vies…3 personnes ? la marionnette pourra porter cette pluralité, et faire co-exister les 3 personnages.
L’indicible et l’in-montrable : beaucoup de rescapés des camps ont eu du mal à dire, les mots étant insuffisants à signifier. Il a fallu trouver d’autres signes pour dire et montrer… faire co-exister acteurs, marionnettes et objets pourra permettre de donner corps à la déshumanisation, à la déchirure, de jouer sur les échelles de taille, les rapports et les images. La frontière entre objet et corporalité .
Les marionnettes mises en mouvement par trois comédiens manipulateurs incarnent certains personnages de la pièce, mais habitent aussi l’espace tels des tableaux ; elles permettent la nécessaire distanciation avec le sujet évoqué, et donc, plus de possibles quant à la mise en scène.